08-12-2006, 16:18

Le Panzerfaust.
Dans le Dresdner Morgenzeitung du 27 octobre 1944 un article raconte comment sur le front Goldap – Gumbinnen, en 48 heures des grenadiers armés de Panzerfaust auraient détruit 323 chars. Selon ce journal, ce fut possible parce qu’un soldat armé d’un Panzerfaust valait à lui seul un canon antichars. Cette histoire montre bien la foi que les allemands avaient en cette arme portative.
Au printemps 1942, le Heereswaffenamt demande à l’industrie allemande de mettre au point une arme antichars servie par un seul homme. La firme Hugo Shneider AG de Leipzig / Altenburg (HASAG) commence les travaux sur plusieurs genres de munitions dont le fonctionnement reposait sur le principe de la « charge creuse ». Ensuite est conçue une grenade à main stabilisée dotée d’une charge creuse, conformément à la demande du Heereswaffenamt intitulée WaPrw.5 du 3 octobre 1942. La portée pratique prévue était de 40 mètres mais cela limitait le poids à 0.5kg. En raison de cette restriction, sa capacité de perforation est limitée.
C’est pourquoi HASAG introduit une arme nommée Faustrohre 30 m en novembre 1942. Le projectile à charge creuse d’1.3 kg est projeté à partir d’un tube d’acier sans soudure de 800 mm à une vitesse de 27 m/s et une portée maximale de 70 mètres. La portée pratique ne dépasse cependant pas les 30 mètres. Dès que le projectile s’échappe du tube-lanceur, sa trajectoire est stabilisée par quatre ailettes en métal. Le tireur ne ressent aucun recul, et la puissance de pénétration atteint 140 mm d’acier de blindage. Les 500 premières pièces de la production en série sont livrées aux troupes en août 1943 sous le nom de Panzerfaust Klein. Rapidement se révèle néanmoins un défaut de conception. A cause de la forme spécifique de la tête du Panzerfaust, celle ci ricochait régulièrement contre le blindage du char T-34. Ce problème est résolu par la mise au point du Panzerfaust Gross (également appelé Panzerfaust 30 mètres). La charge améliorée pèse 2.9 kg. La charge propulsive de poudre noire passe de 56 à 95 grammes et augmente la portée de 30 à 75 mètres. Le nouveau Panzerfaust peut percer jusqu’à 200 mm d’acier. En 1943 sont produits 350.000 Panzerfaust Gross et la production de Panzerfaust klein est abandonnée.
Les recherches sur l’augmentation de la puissance de pénétration se poursuivent et en août 1944 débute la production des Panzerfaust 60 mètres. Le mécanisme de déclenchement est simplifié et la précision améliorée. La charge propulsive de 140 grammes nécessite un tube plus fort. La portée effective est ainsi amenée à 75 mètres.
Le Panzerfaust 100 mètres sort en novembre 1944, avec une portée pratique de 100 mètres et une portée maximale de 280 mètres. La production en décembre atteint 1.295.000 pièces ! Mais le pourcentage des armes utilisées en combat n’était que de 5.5% en raison de la mauvaise distribution des Panzerfaust au front à cause des communications défaillantes.
Début 1945, la production s’effondre car les bombardements alliés détruisent les poudreries et la recherche de combustibles alternatifs ne peut être poursuivie. Les usines produisant les tubes de lancement se trouvaient toutes dans la Ruhr, entre temps devenue ligne de front. Les essais de tubes en métal léger sont abandonnés. Les derniers développements sont le Panzerfaust 150 mètres dont 100.000 pièces sont produites, mais dont seulement quelques exemplaires atteignent le front.
Le développement du Splitterfaust (antipersonnel) et du Panzerfaust 250 mètres ne sera pas finalisé par les allemands. Des équipes de la HASAG continueront pourtant leur travaux aux États-Unis après la guerre, ainsi qu’en Union soviétique, avec pour résultat le RPG-2, une arme rechargeable dérivée du Panzerfaust 250 mètres.
L’emploi du Panzerfaust est illustré dans les exemples suivants :
-Fin août 1944 est créé sur le front de la Narwa un escadron monté doté de panzerfaust. Chacun des pelotons (Zuge) disposait de 18 Panzerfaust.
-Fin janvier 1945 quelques centaines de détachements Panzerjäger furent créés au sein des groupes d’armées Mitte & Weichsel. Chacun comptait un officier, un sous-officier et huit soldats sur bicyclette, armés d’un fusil d’assaut et de deux Panzerfaust chacun.
Pour améliorer le moral, le commandement encourageait les soldats à lire les romans de Karl May (célèbre romancier allemand, très connu pour ses histoires de l’Ouest américain, dont celles du chef indien Winnetou) pour apprendre les techniques d’embuscade. Ce fut certainement le nadir de la tactique antichars allemande.
Vidéo: Panzerfaust en action



Texte: MILITARIA n°220 Novembre 2003