09-25-2007, 10:47
(1893-1946) Maréchal du Reich après avoir été membre du parti
National-socialiste dès 1922,Hermann Göring fut condamné à mort,
comme criminel de guerre,à Nuremberg,en 1946,et se suicida.
Cet homme passionné avait été l'un des plus
brillants pilotes de chasse de la première Guerre mondiale.
Depuis plus de deux ans,un jeune officier connaissait la monotonie de la vie de garnison dans la ville alsacienne
de Mulhouse,alors annexée à l'empire allemand et rebaptisée du nom
germanique de Mülhausen.Au 112è régiment d'infanterie,qui portait le
titre de Prinz Wilhelm,le sous-lieutenant Hermann Goring,sorti de la
célèbre école des cadets prussiens de Berlin-Lichterfelde,passait pour
un esprit indépendant et même insolent:la discipline inconditionnelle
ne convenait pas à son caractère.Il se donnait le luxe,scandaleux pour
ses supérieurs de vouloir comprendre les ordres qu'il avait à transmettre....Cette fantaisie,jointe à une jovialité naturelle,faisait de
lui,en dehors du service,un camarade agréable.On le voyait souvent
avec un autre sous-lieutenant,Bruno Loerzer,qui,à 20 ans,était d'une
année son aîné et se voulait son ancien et un peu son protecteur.
Hermann Göring,qui n'appartenait pas à la noblesse-
son père était un médecin fontionnaire qui avait longtemps vécu au
Sud-Ouest africain allemand-se trouvait tenu un peu à l'écart par les
aristocrates qui regardaient d'un oeil glacial à travers leur monocle ce
turbulent Bavarois à la robuste stature de bûcheron montagnard.
Ses notes militaires ressemblaient d'ailleurs à celles de
sa scolarité:"Veut toujours en faire à sa tête" inscrivaient simplement
ses supérieurs,étonnés de son orgueil et de son assurance.
Il faut bien dire que,passées les premières illusions,la
vie dans une caserne paraissait terriblement monotone au jeune
sous-lieutenant,comme d'ailleurs à tous ses camarades.
Médiocre cavalier,mais excellent tireur,Göring voyait les
mois s'écouler sans que survienne ce grand événement qu'il attendait.
Alors,il comblait son impatience en profitant de chaque
permission pour se lancer dans des ascensions alpestres d'une folle
audace.Il aimait la nature,les animaux et le risque.
Les premiers coups de feu du conflit,en août 1914,
résonnèrentpour lui comme la chance de sa vie.Il s'embarqua dans un train blindé avec la compagnie où il occupait les fonctions de chef de
section.Au bout de quelques kilomètres,les wagons s'arrêtèrent dans
un grand crissement de freins et les soldats gris aux casques à pointe
sautèrent sur le ballast,leur lourd Mauser à la main.
Son capitaine envoya en patrouille le sos-lieutenant
Göring avec quelques hommes.Rapidement,les fantassins allemands
apprirent que des cavaliers français patrouillaient eux aussi dans les
faubourgs de Mulhouse où les habitants s'étaient claquemurés derrière
leurs volets clos.Göring avait reçu l'ordre de revenir aussitôt qu'il aurait
obtenu des renseignements.Il décida,au contraire,de se rendre à l'hôtel
de ville où,disait-on,des affiches avaient été placardées par l'ennemi.Le
jeune officier parvint jusqu'au bâtiment,ordonna de lacérer les placards
encore gluants de colle et se lança à la poursuite des patrouilleurs
français.La section Göring rejoignit ses adversaires près de Dornach.
Après une brève fusillade,les Français se replièrent
rapidement,en laissant entre les mains de leurs adversaires quatre
chevaux,qui constituèrent le premier butin de guerre du jeune Hermann
Göring.On pouvait compter sur lui pour transformer cette escarmouche
en épopée.
D'autres épisodes valurent à Göring la réputation d'un
bon officier de troupe de reconnaissance et il mena de nombreuses
patrouilles jusqu'à ce qu'il soit atteint,à l'automne de 1914,d'une
terrible crise de rhumatismes qui lui laissa les jambes pratiquement
paralysées.Il fut alors évacué sur l'hôpital militaire de Fribourg,en
Forêt-Noire.
-Première victoire,première blessure-
Le malade,rongeant son impatience sur son lit de douleur,eut un jour la bonne surprise de recevoir la visite de son "vieux"camarade
Bruno Loerzer,qui avait quitté l'infanterie pour l'aviation.Il fallait l'entendre évoquer la nouvelle arme!
Séduit aussitôt,le sous-lieutenant Hermann Göring fit,de
l'hôpital même,une demande de mutation.Comme il ne pouvait pas
devenir pilote sans un long entraînement,il se proposa comme observateur.
Sa demande fut acceptée en ovtobre 1914.Une nouvelle vie
s'ouvrait pour le jeune officier,alors âgé de 21 ans.
Hermann Göring n'avait encore jamais volé.Il prit place comme passager à bord de l'appareil de son ami Loerzer,qui lui donna
le baptême de l'air entre Fribourg et Darmstadt.
Les deux jeunes officiers,qui avaient pris l'habitude de faire
équipe,furent affectés à une unité de combat, "Feldfliegerabeilung25" ,qui avait son terrain à Stenay près de Sedan.Ils travaillaient surtout dans la région de Verdun qui allait
devenir le cadre du plus gigantesque affrontement de la guerre.
Rapidement,le lieutenant Göring,déjà décoré pour ses
patrouilles comme fantassin,se vit décerner la Croix de Fer de 1ère
classe,pour avoir repéré les positions d'une batterie d'artillerie française
et dirigé contre elle le tir des pièces allemandes.L'exploit tenait de
l'acrobatie:dépourvu de moyens de liaison radio,les deux aviateurs
avaient indiqué l'objectif et les corrections de tirs par des signaux à bras,en se penchant hors de la carlingue de leur primitif appareil....
Cette sorte de "bricolage" laissa d'ailleurs Göring très
insatisfait et il fut un des premiers aviateurs,si ce n'est le premier,à
installer un poste de T.S.F à bord de l'appareil que pilotait son camarade Loerzer.
Le métier d'observateur ne pouvait éternellement satisfaire son tempérament impétueux et il obtint de suivre des cours
de pilotage.Il apprit donc à manoeuvrer un "Aviatik",à l'école de Fribourg.Les historiens britanniques Ewan Butler et Gordon Young
écrivent à propos de cette époque de la vie du futur maréchal du Reich
" Göring réunissait en lui trois qualités qui ne se rencontrent guère que
chez les hommes appartenant à sa race:un vague idéalisme fondé sur
un patriotisme confus,une sentimentalité larmoyante et un caractère
impitoyable qui, dans l'action,pouvait au besoin le dominer tout entier."
A l'automne de 1915,breveté enfin pilote,le jeune officier
retourna au front,où il fut affecté à l'Abteilung 5 de l'aviation impériale.
Il ne devait pas tarder à remporter sa première victoire en combat aérien.
Un jour de novembre,il volait en patrouille avec deux autres
chasseurs allemands.Il aperçut soudain un bombardier britannique
"Handley-Page",de dimensions monstrueuses pour l'époque.Il se
précipita à l'assaut,abattit d'une rafale le mitrailleur de queue.Puis il
reprit de l'altitude et piqua pour attaquer le mitrailleur du nez.Ses deux
ennemis neutralisés,Hermann Goring pouvait tranquillement s'attaquer
à l'appareil lui-même.D'une 3ème rafale de sa mitrailleuse,il parvint à
atteindre un des deux moteurs du bombardier.Des flammes s'élevèrent
aussitôt et l'appareil anglais commença à descendre en spirale vers le
sol où il devait s'écraser.
Tout à la joie de cette première victoire,le pilote de chasse
ne s'était pas aperçu que ses deux camarades de vol ne se trouvaient
plus avec lui.Il ne tarda pas à comprendre la raison de leur départ:ils
avaient été obligés de se porter à la rencontre d'une escadrille ennemie
qui volait à 1 000 m au-dessus d'eux,mais ils furent rapidement mis en
fuite.Seul Allemand dans le ciel, Göring fut alors pris en chase à son
tour.Très rapidement,il aperçut dans son rétroviseur six appareils anglais qui le poursuivaient.Au même moment,les rafales de leurs mitrailleuses l'entourèrent d'une gerbe de balles.Son réservoir à essence fut rapidement atteint et le moteur donna aussitôt des signes
de faiblesse.Göring essayait de manoeuvrer l'appareil en vol plané
quand il ressentit une fulgurante douleur dans la hanche droite.
Il était touché à son tour.
A demi-inconscient,il se devina emporté dans une suite de tourbillons mortels.Ce ne fut qu'à 100 mètres du sol,dans un ultime
surssaut de volonté,qu'il réussit à redresser son "Aviatik" et à tenter
un atterrissage de fortune dans les lignes allemandes.Il réussit à s'écraser dans.....un cimetière! dont l'église servait d'hôpital de campagne,et des fantassins le dégagèrent,évanoui et sanglant,des débris de son avion.
Il avait la hanche fracassée par des éclats de tôle,mais
il put être porté très rapidement sur la table d'opération où les médecins parvinrent à le sauver....
Resté longtemps entre la vie et la mort,le pilote blessé eut besoin de plus de 4 mois d'hôpital pour être remis sur pied.
Ce fut encore en boitant fortement qu'il rejoignit le front,
à la fin de l'été 1916.Son escadrille cantonnait alors en Alsace,près
de Colmar,et se trouvait commandée par son inséparable ami Bruno
Loerzer.
-Salut à l'adversaire abattu-
En mai 1917,Hermann Göring reçut le commandement de
la 27è escadrille de chasse et multiplia les combats aériens à la tête
de ses pilotes.
Le 8 juin,il se trouvait au-dessus des tranchées dans les
Flandres,suivi par une dizaine d'appareils,tous pilotés par de jeunes
chasseurs à peine sortis de l'école.Les Allemands volaient à 4 000 m
d'altitude quand leur chef aperçut une escadrille de seize avions
" Nieuport".Goring se lança dans la bataille pour protéger ses hommes
et parvint,à force d'acrobaties et de rafales,à écarter les ennemis.
Il se battit longuement avec un adversaire qui manoeuvrait
pour lui mettre,par une ruse aérienne classique,le soleil dans les yeux
afin de l'éblouir.Mais Göring le manoeuvra à son tour, se laissa tomber
vers le sol,redressa brusquement et surgit sous le ventre de son adversaire à qui il expédia deux rafales de mitrailleuse.L'Allemand manqua sa cible et son adversaire essaya de le manoeuvrer à son tour.
Un terrible ballet s'engagea entre les deux pilotes ennemis,
qui semblaient d'une égale virtuosité et dont le courage n'était plus à
prouver.Les appareils grimpent de plus en plus en altitude,comme s'ils
voulaient mener leur duel le plus haut possible,loin de la terre sombre
où les fantassins rampent dans la boue et le sang.
Chacun des deux chasseurs sait qu'il manquera bientôt de
munitions et que les dernières cartouches seront décisives.
Par une dernière acrobatie,Göring se place au-dessus de
son ennemi,le manoeuvre,le mitraille et parvient à l'envoyer vers le sol où il s'écrase.
Vainqueur mais épuisé,le chef de l'escadrille 27 regagna sa
base où son officier-adjoint s'apprêtait à le porter disparu.
De tels combats tissaient entre les pilotes ennemis des liens d'estime et même d'amitié.
Le capitaine britannique Frank Beaumont,pilote au Squadron 56 du Royal Flying Corps,après avoir abattu deux avions
allemands,eut une de ses ailes déchiquetée en plein vol et réussit,en
cassant du bois,à se poser derrière les lignes allemandes,où il ne tarda
pas à être fait prisonnier,blessé à un pied.A l'hôpital,il reçut la visite
du lieutenant Göring qui lui apporta du chocolat et des cigarettes,
passant de longs moments à bavarder avec lui,en évitant soigneusement d'aborder des sujets militaires.
Envoyé dans un camp de prisonniers,le capitaine Beaumont
garda longtemps la nostalgie de ses visites et retrouva avec plaisir
Göring à Munich après la guerre.
A la fin de l'année 1917,les pilotes de chasse allemands étaient regroupés en escadrille ou Geschwader de 48 appareils,répartis
en 12 groupes de 4 chasseurs.La première de ces formations était
commandée par le célèbre Freiherr Manfred von Richthofen,le
"Baron rouge".Le lieutenant Hermann Göring quant à lui avait été
affecté au Geschwader 3.
- A la tête du légendaire "Geschwader Richthofen"-
Richthofen mort, le lieutenant Reinhard nommé capitaine lui
succéda à la tête de la plus célèbre formation de chasse de l'aviation
impériale.
Hermann Göring,quant à lui,continuait à accumuler les victoires.Il en comptait déjà 20 à son actif quand il reçut la plus haute
décoration militaire allemande:l'ordre Pour le Mérite créé en 1740 par
Frédéric II de Prusse.
En juin 1918,Göring et Reinhard se rendirent à Berlin où devait être présenté sur l'aérodrome d'Adlerhorst un nouveau type
d'avion de chasse "Fokker",que l'on voulait faire tester par les plus
prestigieux pilotes de l'armée impériale.
Göring prit le premier les commandes et exécuta sans mal
quelques numéros de voltige.Son camarade lui succéda aussitôt.
Mais,à 100 mètres du sol,une aile se détacha et l'avion
s'écrasa.Reinhard gisait mort dans les débris de son appareil.
Une fois encore,après ce stupide accident, le Geschwader 1
se trouvait sans chef.Le 7 juillet 1918,le lieutenant Göring en reçut le
commandement,occupant ainsi le poste le plus envié de toute l'aviation
allemande.Il devenait un héros dont s'emparait la propagande.
Une dizaine de jours plus tard, au cours d'une brève prise
d'armes, le nouveau chef du Geschwader Richthofen reçut la canne de
commandement,héritée du célèbre Baron rouge et que n'avait conservée que quelques mois l'infortuné Reinhard.
On était le 14 juillet 1918 et Hermann Göring annonça
seulement à ses pilotes que des heures graves les attendaient.
La seconde bataille de la Marne commençait.
Malgré ses nouvelles fonctions,le lieutenant Göring volait
plus que jamais.Quatre jours après sa prise de commandement,il réussit
à inscrire à son tableau de chasse son 22ème appareil ennemi.
Les combats devenaient de plus en plus durs.Dans ce duel
d'aigles en plein ciel,les pilotes alliés montraient une audace téméraire
et une technique éprouvée.On n'en était plus aux improvisations de
l'été 1914!
Dans les deux camps, les appareils devenaient de plus en plus perfectionnés et exigeaient des pilotes de grande classe.
Parmi les meilleurs du Geschwader Richthofen figurait Ernst
Udet,en qui Göring plaçait toute sa confiance, au point de lui confier
le commandement de la formation quand il devait s'absenter pour une
réunion d'état-major ou une permission.
Au mois d'août 1918,l'unité que commandait Hermann Göring
fêtait sa 500ème victoire.Mais la liste des pilotes tombés en combat
aérien s'allongeait chaque jour.
Les plus habiles et les plus braves disparaissaient les uns
après les autres.
L'aviation impériale se trouvait saignée à blanc.
En face,les pilotes britanniques et français demeuraient des
adversaires redoutables et les Allemands ne remportaient encore de
faciles victoires que sur les Américains,nouveaux venus sur le front et
mal aguerris.En quelques jours,une centaine d'appareils de l'armée des
Etats-Unis furent détruit par quelques chasseurs à croix noire qui ne
faisaient que décoller,se battre,atterrir,faire le plein de carburant et de
munitions,décoller à nouveau...comme le feront encore en 1939 leurs
successeurs ....
Ces victoires en plein ciel ne pouvaient enrayer l'irrésistible
avance des armées alliés.
Le front allemand s'écroulait,tandis que des troubles graves
désorganisaient l'arrière.
- Après la défaite,la révolution-
Sans cesse le Geschwader Richthofen déménageait d'un
aérodrome à un autre, se repliant vers l'est,emporté par le flot des
armées impériales en retraite.
On apprit l'abdication du Kaiser.A midi,le 9 novembre 1918, leur chef réunit tous les officiers de l'escadrille et leur annonça que la
révolution triomphait un peu partout et qu'i fallait s'attendre à des
désordres et même à des mutineries.En attendant,le service continuait.
Le lendemain,le lieutenant Göring recevait l'ordre de gagner
Darmstadt avec ses appareils.La guerre se terminait.Un épais brouillard retarda de 24 heures le dernier vol de l'escadrille.
Tandis qu'un convoi de camions emportait le matériel et le
personnel "rampant", les "Fokker" décollèrent l'un après l'autre,au matin
du 11 novembre 1918, et mirent le cap vers l'est,vers la patrie bouleversée,tournant le dos au front où ils avaient combattu et perdu tant des leurs.
La dernière mission que donna Hermann Göring à ses pilotes
fut de faire une escale à Mannheim,pour y récupérer de vive force des
armes qui avaient été confisquées par un "Conseil de soldats"agissant
au nom de la Révolution rouge.
Désormais,pour le chef du Geschwader Richthofen,l'aventure
militaire se terminait et le combat politique commençait,le jour même
de l'armistice...........
- FIN -
PS:en tant que pilote,ce fut un plaisir d'avoir fait revivre cette belle
aventure et de l'avoir partagé avec vous.
H.U.RUDEL
National-socialiste dès 1922,Hermann Göring fut condamné à mort,
comme criminel de guerre,à Nuremberg,en 1946,et se suicida.
Cet homme passionné avait été l'un des plus
brillants pilotes de chasse de la première Guerre mondiale.
Depuis plus de deux ans,un jeune officier connaissait la monotonie de la vie de garnison dans la ville alsacienne
de Mulhouse,alors annexée à l'empire allemand et rebaptisée du nom
germanique de Mülhausen.Au 112è régiment d'infanterie,qui portait le
titre de Prinz Wilhelm,le sous-lieutenant Hermann Goring,sorti de la
célèbre école des cadets prussiens de Berlin-Lichterfelde,passait pour
un esprit indépendant et même insolent:la discipline inconditionnelle
ne convenait pas à son caractère.Il se donnait le luxe,scandaleux pour
ses supérieurs de vouloir comprendre les ordres qu'il avait à transmettre....Cette fantaisie,jointe à une jovialité naturelle,faisait de
lui,en dehors du service,un camarade agréable.On le voyait souvent
avec un autre sous-lieutenant,Bruno Loerzer,qui,à 20 ans,était d'une
année son aîné et se voulait son ancien et un peu son protecteur.
Hermann Göring,qui n'appartenait pas à la noblesse-
son père était un médecin fontionnaire qui avait longtemps vécu au
Sud-Ouest africain allemand-se trouvait tenu un peu à l'écart par les
aristocrates qui regardaient d'un oeil glacial à travers leur monocle ce
turbulent Bavarois à la robuste stature de bûcheron montagnard.
Ses notes militaires ressemblaient d'ailleurs à celles de
sa scolarité:"Veut toujours en faire à sa tête" inscrivaient simplement
ses supérieurs,étonnés de son orgueil et de son assurance.
Il faut bien dire que,passées les premières illusions,la
vie dans une caserne paraissait terriblement monotone au jeune
sous-lieutenant,comme d'ailleurs à tous ses camarades.
Médiocre cavalier,mais excellent tireur,Göring voyait les
mois s'écouler sans que survienne ce grand événement qu'il attendait.
Alors,il comblait son impatience en profitant de chaque
permission pour se lancer dans des ascensions alpestres d'une folle
audace.Il aimait la nature,les animaux et le risque.
Les premiers coups de feu du conflit,en août 1914,
résonnèrentpour lui comme la chance de sa vie.Il s'embarqua dans un train blindé avec la compagnie où il occupait les fonctions de chef de
section.Au bout de quelques kilomètres,les wagons s'arrêtèrent dans
un grand crissement de freins et les soldats gris aux casques à pointe
sautèrent sur le ballast,leur lourd Mauser à la main.
Son capitaine envoya en patrouille le sos-lieutenant
Göring avec quelques hommes.Rapidement,les fantassins allemands
apprirent que des cavaliers français patrouillaient eux aussi dans les
faubourgs de Mulhouse où les habitants s'étaient claquemurés derrière
leurs volets clos.Göring avait reçu l'ordre de revenir aussitôt qu'il aurait
obtenu des renseignements.Il décida,au contraire,de se rendre à l'hôtel
de ville où,disait-on,des affiches avaient été placardées par l'ennemi.Le
jeune officier parvint jusqu'au bâtiment,ordonna de lacérer les placards
encore gluants de colle et se lança à la poursuite des patrouilleurs
français.La section Göring rejoignit ses adversaires près de Dornach.
Après une brève fusillade,les Français se replièrent
rapidement,en laissant entre les mains de leurs adversaires quatre
chevaux,qui constituèrent le premier butin de guerre du jeune Hermann
Göring.On pouvait compter sur lui pour transformer cette escarmouche
en épopée.
D'autres épisodes valurent à Göring la réputation d'un
bon officier de troupe de reconnaissance et il mena de nombreuses
patrouilles jusqu'à ce qu'il soit atteint,à l'automne de 1914,d'une
terrible crise de rhumatismes qui lui laissa les jambes pratiquement
paralysées.Il fut alors évacué sur l'hôpital militaire de Fribourg,en
Forêt-Noire.
-Première victoire,première blessure-
Le malade,rongeant son impatience sur son lit de douleur,eut un jour la bonne surprise de recevoir la visite de son "vieux"camarade
Bruno Loerzer,qui avait quitté l'infanterie pour l'aviation.Il fallait l'entendre évoquer la nouvelle arme!
Séduit aussitôt,le sous-lieutenant Hermann Göring fit,de
l'hôpital même,une demande de mutation.Comme il ne pouvait pas
devenir pilote sans un long entraînement,il se proposa comme observateur.
Sa demande fut acceptée en ovtobre 1914.Une nouvelle vie
s'ouvrait pour le jeune officier,alors âgé de 21 ans.
Hermann Göring n'avait encore jamais volé.Il prit place comme passager à bord de l'appareil de son ami Loerzer,qui lui donna
le baptême de l'air entre Fribourg et Darmstadt.
Les deux jeunes officiers,qui avaient pris l'habitude de faire
équipe,furent affectés à une unité de combat, "Feldfliegerabeilung25" ,qui avait son terrain à Stenay près de Sedan.Ils travaillaient surtout dans la région de Verdun qui allait
devenir le cadre du plus gigantesque affrontement de la guerre.
Rapidement,le lieutenant Göring,déjà décoré pour ses
patrouilles comme fantassin,se vit décerner la Croix de Fer de 1ère
classe,pour avoir repéré les positions d'une batterie d'artillerie française
et dirigé contre elle le tir des pièces allemandes.L'exploit tenait de
l'acrobatie:dépourvu de moyens de liaison radio,les deux aviateurs
avaient indiqué l'objectif et les corrections de tirs par des signaux à bras,en se penchant hors de la carlingue de leur primitif appareil....
Cette sorte de "bricolage" laissa d'ailleurs Göring très
insatisfait et il fut un des premiers aviateurs,si ce n'est le premier,à
installer un poste de T.S.F à bord de l'appareil que pilotait son camarade Loerzer.
Le métier d'observateur ne pouvait éternellement satisfaire son tempérament impétueux et il obtint de suivre des cours
de pilotage.Il apprit donc à manoeuvrer un "Aviatik",à l'école de Fribourg.Les historiens britanniques Ewan Butler et Gordon Young
écrivent à propos de cette époque de la vie du futur maréchal du Reich
" Göring réunissait en lui trois qualités qui ne se rencontrent guère que
chez les hommes appartenant à sa race:un vague idéalisme fondé sur
un patriotisme confus,une sentimentalité larmoyante et un caractère
impitoyable qui, dans l'action,pouvait au besoin le dominer tout entier."
A l'automne de 1915,breveté enfin pilote,le jeune officier
retourna au front,où il fut affecté à l'Abteilung 5 de l'aviation impériale.
Il ne devait pas tarder à remporter sa première victoire en combat aérien.
Un jour de novembre,il volait en patrouille avec deux autres
chasseurs allemands.Il aperçut soudain un bombardier britannique
"Handley-Page",de dimensions monstrueuses pour l'époque.Il se
précipita à l'assaut,abattit d'une rafale le mitrailleur de queue.Puis il
reprit de l'altitude et piqua pour attaquer le mitrailleur du nez.Ses deux
ennemis neutralisés,Hermann Goring pouvait tranquillement s'attaquer
à l'appareil lui-même.D'une 3ème rafale de sa mitrailleuse,il parvint à
atteindre un des deux moteurs du bombardier.Des flammes s'élevèrent
aussitôt et l'appareil anglais commença à descendre en spirale vers le
sol où il devait s'écraser.
Tout à la joie de cette première victoire,le pilote de chasse
ne s'était pas aperçu que ses deux camarades de vol ne se trouvaient
plus avec lui.Il ne tarda pas à comprendre la raison de leur départ:ils
avaient été obligés de se porter à la rencontre d'une escadrille ennemie
qui volait à 1 000 m au-dessus d'eux,mais ils furent rapidement mis en
fuite.Seul Allemand dans le ciel, Göring fut alors pris en chase à son
tour.Très rapidement,il aperçut dans son rétroviseur six appareils anglais qui le poursuivaient.Au même moment,les rafales de leurs mitrailleuses l'entourèrent d'une gerbe de balles.Son réservoir à essence fut rapidement atteint et le moteur donna aussitôt des signes
de faiblesse.Göring essayait de manoeuvrer l'appareil en vol plané
quand il ressentit une fulgurante douleur dans la hanche droite.
Il était touché à son tour.
A demi-inconscient,il se devina emporté dans une suite de tourbillons mortels.Ce ne fut qu'à 100 mètres du sol,dans un ultime
surssaut de volonté,qu'il réussit à redresser son "Aviatik" et à tenter
un atterrissage de fortune dans les lignes allemandes.Il réussit à s'écraser dans.....un cimetière! dont l'église servait d'hôpital de campagne,et des fantassins le dégagèrent,évanoui et sanglant,des débris de son avion.
Il avait la hanche fracassée par des éclats de tôle,mais
il put être porté très rapidement sur la table d'opération où les médecins parvinrent à le sauver....
Resté longtemps entre la vie et la mort,le pilote blessé eut besoin de plus de 4 mois d'hôpital pour être remis sur pied.
Ce fut encore en boitant fortement qu'il rejoignit le front,
à la fin de l'été 1916.Son escadrille cantonnait alors en Alsace,près
de Colmar,et se trouvait commandée par son inséparable ami Bruno
Loerzer.
-Salut à l'adversaire abattu-
En mai 1917,Hermann Göring reçut le commandement de
la 27è escadrille de chasse et multiplia les combats aériens à la tête
de ses pilotes.
Le 8 juin,il se trouvait au-dessus des tranchées dans les
Flandres,suivi par une dizaine d'appareils,tous pilotés par de jeunes
chasseurs à peine sortis de l'école.Les Allemands volaient à 4 000 m
d'altitude quand leur chef aperçut une escadrille de seize avions
" Nieuport".Goring se lança dans la bataille pour protéger ses hommes
et parvint,à force d'acrobaties et de rafales,à écarter les ennemis.
Il se battit longuement avec un adversaire qui manoeuvrait
pour lui mettre,par une ruse aérienne classique,le soleil dans les yeux
afin de l'éblouir.Mais Göring le manoeuvra à son tour, se laissa tomber
vers le sol,redressa brusquement et surgit sous le ventre de son adversaire à qui il expédia deux rafales de mitrailleuse.L'Allemand manqua sa cible et son adversaire essaya de le manoeuvrer à son tour.
Un terrible ballet s'engagea entre les deux pilotes ennemis,
qui semblaient d'une égale virtuosité et dont le courage n'était plus à
prouver.Les appareils grimpent de plus en plus en altitude,comme s'ils
voulaient mener leur duel le plus haut possible,loin de la terre sombre
où les fantassins rampent dans la boue et le sang.
Chacun des deux chasseurs sait qu'il manquera bientôt de
munitions et que les dernières cartouches seront décisives.
Par une dernière acrobatie,Göring se place au-dessus de
son ennemi,le manoeuvre,le mitraille et parvient à l'envoyer vers le sol où il s'écrase.
Vainqueur mais épuisé,le chef de l'escadrille 27 regagna sa
base où son officier-adjoint s'apprêtait à le porter disparu.
De tels combats tissaient entre les pilotes ennemis des liens d'estime et même d'amitié.
Le capitaine britannique Frank Beaumont,pilote au Squadron 56 du Royal Flying Corps,après avoir abattu deux avions
allemands,eut une de ses ailes déchiquetée en plein vol et réussit,en
cassant du bois,à se poser derrière les lignes allemandes,où il ne tarda
pas à être fait prisonnier,blessé à un pied.A l'hôpital,il reçut la visite
du lieutenant Göring qui lui apporta du chocolat et des cigarettes,
passant de longs moments à bavarder avec lui,en évitant soigneusement d'aborder des sujets militaires.
Envoyé dans un camp de prisonniers,le capitaine Beaumont
garda longtemps la nostalgie de ses visites et retrouva avec plaisir
Göring à Munich après la guerre.
A la fin de l'année 1917,les pilotes de chasse allemands étaient regroupés en escadrille ou Geschwader de 48 appareils,répartis
en 12 groupes de 4 chasseurs.La première de ces formations était
commandée par le célèbre Freiherr Manfred von Richthofen,le
"Baron rouge".Le lieutenant Hermann Göring quant à lui avait été
affecté au Geschwader 3.
- A la tête du légendaire "Geschwader Richthofen"-
Richthofen mort, le lieutenant Reinhard nommé capitaine lui
succéda à la tête de la plus célèbre formation de chasse de l'aviation
impériale.
Hermann Göring,quant à lui,continuait à accumuler les victoires.Il en comptait déjà 20 à son actif quand il reçut la plus haute
décoration militaire allemande:l'ordre Pour le Mérite créé en 1740 par
Frédéric II de Prusse.
En juin 1918,Göring et Reinhard se rendirent à Berlin où devait être présenté sur l'aérodrome d'Adlerhorst un nouveau type
d'avion de chasse "Fokker",que l'on voulait faire tester par les plus
prestigieux pilotes de l'armée impériale.
Göring prit le premier les commandes et exécuta sans mal
quelques numéros de voltige.Son camarade lui succéda aussitôt.
Mais,à 100 mètres du sol,une aile se détacha et l'avion
s'écrasa.Reinhard gisait mort dans les débris de son appareil.
Une fois encore,après ce stupide accident, le Geschwader 1
se trouvait sans chef.Le 7 juillet 1918,le lieutenant Göring en reçut le
commandement,occupant ainsi le poste le plus envié de toute l'aviation
allemande.Il devenait un héros dont s'emparait la propagande.
Une dizaine de jours plus tard, au cours d'une brève prise
d'armes, le nouveau chef du Geschwader Richthofen reçut la canne de
commandement,héritée du célèbre Baron rouge et que n'avait conservée que quelques mois l'infortuné Reinhard.
On était le 14 juillet 1918 et Hermann Göring annonça
seulement à ses pilotes que des heures graves les attendaient.
La seconde bataille de la Marne commençait.
Malgré ses nouvelles fonctions,le lieutenant Göring volait
plus que jamais.Quatre jours après sa prise de commandement,il réussit
à inscrire à son tableau de chasse son 22ème appareil ennemi.
Les combats devenaient de plus en plus durs.Dans ce duel
d'aigles en plein ciel,les pilotes alliés montraient une audace téméraire
et une technique éprouvée.On n'en était plus aux improvisations de
l'été 1914!
Dans les deux camps, les appareils devenaient de plus en plus perfectionnés et exigeaient des pilotes de grande classe.
Parmi les meilleurs du Geschwader Richthofen figurait Ernst
Udet,en qui Göring plaçait toute sa confiance, au point de lui confier
le commandement de la formation quand il devait s'absenter pour une
réunion d'état-major ou une permission.
Au mois d'août 1918,l'unité que commandait Hermann Göring
fêtait sa 500ème victoire.Mais la liste des pilotes tombés en combat
aérien s'allongeait chaque jour.
Les plus habiles et les plus braves disparaissaient les uns
après les autres.
L'aviation impériale se trouvait saignée à blanc.
En face,les pilotes britanniques et français demeuraient des
adversaires redoutables et les Allemands ne remportaient encore de
faciles victoires que sur les Américains,nouveaux venus sur le front et
mal aguerris.En quelques jours,une centaine d'appareils de l'armée des
Etats-Unis furent détruit par quelques chasseurs à croix noire qui ne
faisaient que décoller,se battre,atterrir,faire le plein de carburant et de
munitions,décoller à nouveau...comme le feront encore en 1939 leurs
successeurs ....
Ces victoires en plein ciel ne pouvaient enrayer l'irrésistible
avance des armées alliés.
Le front allemand s'écroulait,tandis que des troubles graves
désorganisaient l'arrière.
- Après la défaite,la révolution-
Sans cesse le Geschwader Richthofen déménageait d'un
aérodrome à un autre, se repliant vers l'est,emporté par le flot des
armées impériales en retraite.
On apprit l'abdication du Kaiser.A midi,le 9 novembre 1918, leur chef réunit tous les officiers de l'escadrille et leur annonça que la
révolution triomphait un peu partout et qu'i fallait s'attendre à des
désordres et même à des mutineries.En attendant,le service continuait.
Le lendemain,le lieutenant Göring recevait l'ordre de gagner
Darmstadt avec ses appareils.La guerre se terminait.Un épais brouillard retarda de 24 heures le dernier vol de l'escadrille.
Tandis qu'un convoi de camions emportait le matériel et le
personnel "rampant", les "Fokker" décollèrent l'un après l'autre,au matin
du 11 novembre 1918, et mirent le cap vers l'est,vers la patrie bouleversée,tournant le dos au front où ils avaient combattu et perdu tant des leurs.
La dernière mission que donna Hermann Göring à ses pilotes
fut de faire une escale à Mannheim,pour y récupérer de vive force des
armes qui avaient été confisquées par un "Conseil de soldats"agissant
au nom de la Révolution rouge.
Désormais,pour le chef du Geschwader Richthofen,l'aventure
militaire se terminait et le combat politique commençait,le jour même
de l'armistice...........
- FIN -
PS:en tant que pilote,ce fut un plaisir d'avoir fait revivre cette belle
aventure et de l'avoir partagé avec vous.
H.U.RUDEL